Le Bateau Coule
Depuis la publication des résultats des élections du 19 avril 2009, un
grand malaise règne sur la scène politique haïtienne. L’anarchie des
candidats de LESPWA a renversé les esprits et soulevé les contestations des
Chefs des Partis Politiques. Le président René Préval qui n’a pas
rendez-vous avec la défaite, a jugé impératif pour son avenir politique de
couper certains liens embarrassants. Sans hésiter un instant il a révoqué le
statut de Parti Politique de LESPWA pour lui donner une dimension de
plate-forme électorale. Le spectacle a pris fin, il faut démolir
l’échafaudage improvisé en la circonstance.
La politique comporte des courbes très aigues. En changeant subitement de
direction Préval laisse tomber automatiquement les artisans des élections
de 2006. Il n’est plus question de faire de Jacques Edouard Alexis son
successeur. Pour comble de malheur l’ex Premier Ministre a dû prendre les
jambes à son cou la semaine dernière, au cours d’une réunion organisée pour
mettre au point la stratégie de sa campagne électorale. La panique fut
créée par les chimères qui ont forcé les occupants à déguerpir.
Dans le malheur, Préval ne connait point d’amis. Les fautifs sont flingués
de critiques par la Communauté Internationale qui exige qu’ils soient
traduits devant la Justice pour répondre de leurs actes de vandalisme
inacceptables dans un Etat de droit. Comme une vénérable icône le Président
René Préval se tient à l’écart. Dans le même ordre d’idées il lance des
critiques acerbes contre l’ex-ministre de l’Education Nationale Gabriel
Bienaimé de l’OPL en tentant de lui faire porter le chapeau du brulant
dossier des arriérés de salaires des professeurs embauchés sans aucune
lettre de nomination ni les provisions monétaires adéquates. Mais son
objectif c’est de diaboliser l’OPL en position d’avance pour le deuxième
tour des élections sénatoriales de Juin 2009 et par ricochet l’ex-ministre
de l’Education Nationale Gabriel Bienaimé, son concurrent potentiel pour les
élections de novembre 2010. La prolongation du mandat des Maires et des
députés s’intègre dans la stratégie de René Préval d’organiser les
élections générales l’année prochaine.
Le pouvoir politique devient obsessionnel chez René Préval qui s’accroche à
tout. Malgré ses pirouettes, au fur et à mesure qu’avancent les élections,
le doute de conserver le fauteuil présidentiel soulève de grandes
inquiétudes chez le 55e Président d’Haïti et une rage de colère chez son
frère siamois Jean Bertrand Aristide. Pour démarquer les positions et saisir
l’enjeu de la situation politique actuelle il faut lire sur deux tableaux :
1. Premier tableau.
La Justice américaine est lente mais ne s’arrête pas. Le dossier de la
drogue soulève des vagues qui vont faire bien des victimes sur l’échiquier
politique. L’objectif de la DEA ce n’est pas de mettre la main au collet des
coupables mais de remonter les filières afin de détruire le réseau. Une
pierre vient d’être lancée dans la marre aux crapauds par Frederic Mazourka.
L’enquête préliminaire est indispensable pour établir la véracité des faits.
A l’insu du grand public, cette semaine à Port-au-Prince, Fourel Célestin,
ex-Président du Sénat a été entendu sous forte escorte au Parquet. Il a
délié sa langue. Rappelons que c’est sous le premier Gouvernement de René
Préval que le Colonel Fourel Célestin a effectué ses transactions.
La voiture No 1 qui était encore au service de l’ex-président a été
identifiée comme le transporteur le plus sécuritaire de la marchandise. Un
prévenu qui a tenté de se disculper des accusations portées contre lui, a
vite changé d’avis quand on lui a fait visionner l’atterrissage sur la route
de Tabarre d’un avion avec sa photo en gros plan en pleine opération de
débarquement. Il a déblatéré ! Jacques Baudouin Ketan qui s’était montré
réticent a reçu un choc quand il a appris qu’il a été dénoncé par son propre
patron et compère. Aussi a-t-il pris la ferme résolution de fournir des
preuves tangibles en identifiant la Banque d’émission de ses premiers
chèques.
2. Deuxième tableau.
En arrière-plan, il convient de remarquer qu’il n’y a pas eu de coup d’état
ni de kidnapping le 29 février 2004 comme le laisse entendre souvent Jean
Bertrand Aristide pour donner le change et faire dormir les imbéciles. Il
s’agissait d’une déportation pure et simple d’un Caïd de la drogue qui a
accepté à sacrifier ses serviteurs locaux et les membres du cartel de Cali
pour commuer sa peine. En effet, sous prétexte d’assister à la commémoration
du 200e anniversaire de l’Indépendance d’Haïti le Président Thabo Mbeki
accompagné de deux navires, sur le chemin de retour, a transporté tous ses
meubles en Afrique du Sud où il a été conduit un mois lus tard avec sa
famille. La preuve c’est qu’au départ de Jean Bertrand Aristide sa maison
était vide. L’enfant terrible de Marmelade revint au pouvoir en 2006 pour
abolir l’enquête lancée contre Aristide sous le gouvernement intérimaire.
L’extradition des témoins en Haïti et l’envoi du dossier au Cabinet
d’instruction annonce la tenue prochaine d’un procès. Jacob Zuma(ANC) qui
vient de prêter serment comme Président de l’Afrique du Sud prend le
contrepied de la politique extérieure de son Prédécesseur Thabo Mbeki.
Compte tenu de ses déclarations au cours de sa campagne électorale, il ne
tolère pas la présence sur son territoire de Jean Bertrand Aristide qu’il
serait prêt à livrer à la justice. Préval jette du lest, malgré tout l’eau
pénètre, le bateau coule.




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