LES ANGES N’ONT PLUS D’AILES
La critique n’est pas un hommage A la vérité du passé ou à la vérité de l’autre, Elle est construction de l’intelligence de notre temps. Roland Barthes
La situation mondiale est telle que l’ère d’évolution des hommes a été réduite à une absence planifiée de la moralité générale. Politique ou sentimentale, cettte absence se fait sentir partout où la satisfaction des besoins en termes de valeurs et de vertus aurait dû remplacer le langage de la force ou des armes. D’ailleurs, un tel langage n’a jamais mis un terme aux conflits ponctuels qui déroutent les hommes politiques et les Hommes d’Etat. Pris entre la nécessité d’aider les plus faibles et les exigences de démontrer leur puissance de feu, la plupart des pays appartenant au G8 ou autre se sont faits les champions de l’extinction des plus vulnérables. L’Afghanistan et l’Irak ont payé au prix fort leur bravade vis-à-vis d’une Super-Puissance. Tout comme dans le temps, la Libye de Kadhafi a failli connaître le même sort pour s’être autorisée à défier l’Aigle Américain dont les serres avaient vite fait de se déployer pour enrayer les jacassements et la forfanterie d’un volatile audacieux mais insignifiant. Et depuis, mondialisation s’affirmant, les petites nations n’ont même pas le choix de se retrouver dans un camp ou dans l’autre comme au temps de la « terreur de l’équilibre ». A présent, la liberté se résume en cette seule alternative : le camp américain ou celui des Terroristes qui, tout compte fait, semblent menacer la paix mondiale.
Voilà pourquoi, aujourd’hui, l’espace aérien qui a toujours servi de moyen pour accroître les échanges internationaux, est occupé par les super-puissances, restreignant par ainsi le vols des anges commis au maintien de la paix ou à l’extermination des inadaptés. En proportion réduite, dans les petits pays toujours soumis aux caprices et aux diktats des grands, les hommes politiques n’ont même pas la possibilité de faire montre d’un certain nationalisme ou d’une certaine indépendance d’esprit dans la gestion de leur patrie. On n’a plus de Chefs d’Etat dignes de ce nom capables de représenter le moindre génome du corpus social. On voit plutôt des « chefs de tas » qui ne doivent leur pouvoir qu’au morcellement de leur société et aux déprédations des parasites dont la survie est liée à la durée des régimes anachroniques et anarchiques pourtant tolérés par l’internationale au mépris du droit et de la justice.
Les anges sont donc obligés de voler bas. Car la situation mondiale avec ses nouvelles donnes a fini par leur couper les ailes ou à les faire chuter dans ces marées noires d’où il leur est impossible de revenir ou de reprendre leur envol. Contrôlés et dominés par les grands de ce monde, les organismes supra-nationaux décident de la paix, de la guerre ou de situations anarchiques dans lesquelles les petits pays doivent se débattre. Par exemple, on ne sait quels desseins obscurs se cachent derrière les tergiversations qui entourent la problématique haïtienne. Tant de la part de l’ONU qu’au niveau des oppositions bidons en Haïti, la confusion est totale : Rien ne fonctionne au pays du changement. Pourtant, Préval et ses sbires tiennent le coup. Et tout le monde s’en fout. Haïti est le dernier souci des multinationales du pétrole et des autres richesses minières indispensables au confort des occidentaux du sommet. « Qu’elle crève, cette nation dérangeante de nègres qui se croient supérieurs à leurs semblables d’Afrique ou des Caraïbes en regardant les Blancs dans le blanc des yeux » ! Qu’il continue à vautrer dans ses vomissures, ce pays anachronique !
Malheureusement, très peu de compatriotes ont compris ce message de mépris de la part de l’Internationale. Très peu assimilent le jeu des petits pays nègres des Caraïbes qui, sous la dictée de commanditaires mal intentionnés manifestent un vif intérêt à maintenir notre communauté dans cet état de fait déplorable. Haïti est le seul pays des Caraïbes et de l’Amérique qui connaisse des problèmes de gouvernance. C’est même un cimetière à ciel ouvert dont les remugles n’arrivent pas à inconforter les narines patriciennes des néo-colons et de leurs serviteurs. Quand donc la totalité historique du peuple finira-t-elle par comprendre le jeu qui se fait à son détriment ? Quand donc se prendra-t-elle en main pour que plus jamais le pouvoir politique ne soit assauté par quelques vendus et quelques traîtres à la solde de l’étranger qui ne se gêne pas pour faire payer au prix fort ses services de lobbyistes ? Et pourquoi ces services ? Pour conserver, contre vents et marées, un pouvoir mafieux, temporel et éphémère. Pour tuer le plus grand nombre possible d’adversaires politiques. Pour s’enrichir avec outrecuidance en puisant dans le gousset éviscéré du mendiant. Pour s’enorgueillir de se dire « Maître des vies et des biens».
De nos jours, les Haïtiens sont pris entre deux feux. Ils voient et assistent impuissants leur pays régresser sur tous les plans. D’abord, pour avoir confié la gestion de leur pays à des anonymes sans aucune préparation et sans aucune vision d’ensemble, des brutes qui ne privilégient que la force, qui ne pratiquent que le culte de la personnalité et ne pensent qu’à s’enrichir et aller vivre sous d’autres cieux avec les fruits de leurs rapines. Ensuite, ils se laissent prendre en charge par l’Internationale. A date et de mémoire d’homme, la seule réussite de l’Internationale a été la reconstruction de l’Allemagne et du Japon à la fin de la deuxième guerre mondiale. Et, il faut l’avouer, cette réussite n’a été permise que grâce à cette réserve d’Allemands et de Japonais prêts à prendre la relève. Mais les peuples qui réussissent sont ceux qui usent de ruse, de finesse pour conserver un peu de foin dans leur grenier advenant la démission des coopérants et des aidants. Attitude que très souvent adoptent les pays qui imposent leurs solutions sans tenir compte des spécificités des bénéficiaires.
Nous devons avoir le courage de l’admettre : « nous sommes responsables de nos propres malheurs. Il nous appartient de relever les nombreux défis qui se présentent à nous, car même l’Haïtien authentique semble, lui aussi, avoir perdu son âme. Mépris, insécurité, confusion sont autant de restrictions imposées de l’intérieur et de l’extérieur à l’espace haïtien pour maintenir nos compatriotes dans un état second, dans une hibernation sans retour de saison. De tels phénomènes ne facilitent nullement le déploiement gracieux et dynamique d’organes capables de nous porter vers les plus hauts sommets. Il est vrai que pour l’instant, les Anges semblent ne plus avoir d’ailes. Mais dans la bataille du relèvement national de la patrie meurtrie, avilie, qui nous interpelle tous, il nous faut des idées neuves, car, seules les idées auront droit de cité.
Jean L. Théagène
Président Union Nationale des Démocrates Haïtiens




del.icio.us
Digg
Postez votre commentaire