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Elections en Haïti : l'International avance, des leaders hésitent

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Mis à part le relogement à la plaine du Cul-de-Sac des sinistrés et le vote des modifications de la loi sur l'état d'urgence, l'actualité est aussi dominée par l'organisation probable d'élections générales en Haïti. Apparemment favorables à la tenue de ces joutes, l'OEA et l'ONU prennent pratiquement les devants et multiplient des démarches à ce sujet.

L'organisation ou non d'élections générales en Haïti est d'une brûlante actualité. Même la presse internationale en parle. Pour preuve, c'est à partir d'un site d'information du Sénégal (www.aps.sn) qu'on a appris que le juriste sénégalais El Hadj Mbodj vient d'être nommé « expert constitutionnel et électoral » de l'Organisation des Nations unies (ONU), chargée de l'étude de faisabilité de ces élections dans le pays.

« Les événements douloureux intervenus en Haïti n'empêchent pas le président Préval de considérer la tenue d'élections générales - présidentielle et législatives - comme cruciale pour préserver la stabilité politique de son pays », souligne le professeur Mbodj qui, en collaboration avec quatre autres experts, va travailler de concert avec d'autres entités onusiennes sur la question.

Dans cette perspective, Edmond Mulet, représentant du secrétaire général de l'ONU en Haïti et chef civil de la MINUSTAH, a annoncé l'arrivée à Port-au-Prince, le 17 avril, d'une mission technique de l'Organisation. Celle-ci aura à analyser les capacités logistiques, techniques et financières de l'Etat haïtien à organiser ces élections avant la fin de l'année. Partageant la même mission, une délégation de l'Organisation des Etats américains (OEA), dirigée par son secrétaire général adjoint Albert Ramdin a récemment visité la capitale. « Des élections, tout le monde est pour », a déclaré M. Ramdin à l'issue de cette visite, au cours de laquelle les « experts » se sont entretenus avec les responsables des partis politiques. A l'exception, entre autres, des dirigeants de l'Alternative pour le Progrès et la Démocratie, qui ont boudé « délibérément » cette rencontre. Et pour cause ?

« Nous n'avons pas pris part à cette réunion à cause des manquements protocolaires, explique Victor Benoît, l'un des dirigeants de l'Alternative. On nous a appelés aux environs de 7h30 a.m. pour nous inviter à la rencontre, alors qu'elle allait se tenir à 9h00 a.m. » M. Benoît estime toutefois que cette visite était une bonne chose; mais ce qui l'étonne est que « M. Ramdin n'a pu évoquer aucun argument pour prouver que les élections peuvent avoir lieu dans le pays pour le moment ». Concernant la prochaine visite des « experts électoraux », le professeur Benoît conditionne la participation de sa structure politique à une éventuelle rencontre des leaders politiques.

Toujours pour le départ de l'actuel CEP

Réaffirmant la position de son regroupement politique qui exige le départ des actuels conseillers électoraux, Victor Benoît indique qu'aucune rencontre n'a eu lieu entre l'Alternative et l'institution électorale dans le cadre de l'organisation des prochaines joutes. « Le Conseil électoral provisoire (CEP) ne nous a pas rencontrés, et nous ne le souhaitons pas d'ailleurs. Pour nous, ce CEP n'existe plus », a-t-il affirmé.

La réalisation des prochaines élections doit prendre en considération « les questions techniques et politiques », disait M. Ramdin, admettant que les Haïtiens auront à décider s'ils veulent organiser des élections générales et à quelle date. Pour l'heure, les électeurs ne sont pas, semble-t-il, trop intéressés par cette question. Toujours vulnérables aux intempéries, ils sont en train de gérer l'urgence. Victimes du séisme dévastateur et meurtrier de janvier dernier, des milliers d'entre eux cherchent encore des abris. Tandis que la saison pluvieuse débute et que la période cyclonique approche.

Alors que l'International est manifestement intéressé par des prochaines élections, divers leaders politiques continuent de croire que les compétitions électorales ne sont présentement pas possibles. C'est le cas de Victor Benoît qui, à l'instar de Himmler Rébu de la Plateforme des Patriotes haïtiens (PLAPH) et d'autres responsables politiques et d'organisations de la société civile, évoque plusieurs raisons pour justifier son opposition. « Ces élections ne sont pas encore possibles parce que les conditions techniques (liste électorale non encore épurée, situation difficile des sinistrés, centres de vote effondrés, etc.) et politiques (manque de crédibilité des actuels membres du CEP) ne sont pas réunies », argumente M. Benoît.

L'ONI reçoit des doléances

Concernant l'épuration de la liste électorale, l'Office national d'identification (ONI), sur lequel les yeux sont également rivés, se trouve encore au stade de réception des doléances. « Les personnes dont les cartes d'identification nationale sont perdues ou erronées sont invitées à faire part de leurs doléances au bureau d'enregistrement de leur commune », a informé l'ONI jeudi dernier. Parallèlement, l'ONI annonce que les cartes de 2005, 2006, 2007 et 2008 sont actuellement disponibles dans les bureaux d'enregistrement des différentes communes du département de l'Artibonite. Quant au nombre d'électeurs déjà enregistrés et la quantité de cartes qui seront fabriquées et distribuées avant les prochaines joutes, les informations ne sont pas encore rendues publiques. Nouveaux électeurs, nouvelles adresses, cartes perdues ou erronées...l'ONI, dont l'une des attributions est de « collaborer avec le CEP pour l'établissement des listes électorales », a vraiment du pain sur la planche.

De son côté, le CEP continue d'évaluer les centres de vote endommagés dans le département de l'Ouest lors du séisme. Ceci constitue maintenant la principale activité des conseillers électoraux, selon une source proche de l'organisme électoral, dont les membres sont régulièrement présents à leur bureau. Pour faire quoi?



 
 
 
Trois questions à Himmler Rébu, l'un des dirigeants de PLAPH

Une mission de l'OEA a été récemment à Port-au-Prince pour « évaluer la situation en perspective d'éventuelles élections législatives et présidentielles dans le pays ». Parallèlement, la visite d'une mission technique de l'ONU est annoncée pour le 17 avril 2010. Quelles sont donc vos réactions par rapport à ces démarches dans le présent contexte ?

L'international se met dans une curieuse position de démarcheur du président Préval dans cette histoire d'élections. Comme les commandeurs du temps de la colonie, ils décident et nous n'avons qu'à leur emboiter le pas. L'international a 24 ans d'échec en Haïti. La Minustah et l'OEA ont présidé à toutes les mascarades électorales organisées par le président Préval. Elles ont été ceux-là qui, devant l'avancée des chimères à la piscine de l'hôtel Montana, ont changé les règles des élections pour favoriser l'accession de manière illégale du président Préval au pouvoir en février 2006. Elles ont présidé aux désordres qui ont permis au président Préval de faire élire des délinquants et criminels au Sénat de la République, pour certains recherchés par la justice. Ils ont l'argent, les armes, mais très peu de crédibilité.

Cette mission de l'OEA a-t-elle rencontré la Plate-forme des Patriotes haïtiens (PLAPH) à laquelle vous faites partie ? Si oui, autour de quoi s'est déroulée la rencontre ?

Le manque de confiance légitime en ce qui concerne le CEP commence à s'étendre également, pour moi, à l'OEA, car M. Ramdin a menti après avoir rencontré la semaine dernière les partis politiques. Il a raconté dans la presse que les partis politiques étaient d'accord avec les élections cette année. Il y avait à cette rencontre FANMI LAVALAS, le GREH, UNITE du Dr Francisque, la Plateforme LIBERATION et le CONACED. La réunion a duré 30 minutes. FANMI LAVALAS a été presque le seul parti à dire être prêt à participer à des élections qui seraient inclusives. Comme je l'avais dit à M. Ramdin : Vous ne trouvez pas drôle que, pour des élections haïtiennes, ce soit vous le premier à en parler aux partis politiques ? Le président Préval ne s'est assis avec aucun parti politique sur quelque sujet que ce soit depuis le 12 janvier. Nous pensons que les conditions pour la réalisation des élections ne sont pas encore là ; quand ce sera le cas, nous discuterons de la question.

3. A quelle date précise pensez-vous que ces élections devront avoir lieu ?

A part les magiciens de l'international et le président Préval, nul ne peut le dire avec certitude. Les élections sont une opération de confiance entre la population, les partis politiques, le CEP et le gouvernement. Aujourd'hui, les conditions minimales pour réaliser des élections, de vraies élections, ne sont pas encore réunies. Tous les partis sont d'accord avec le principe de participer aux élections dès que les conditions sociales, politiques, techniques et économiques seront réunies.
 
Victor Jean Junior
victorjeanjunior@lenouvelliste.com

 

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